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La Persécution et Mise en Accusation d'Assange et WikiLeaks FOIRE-AUX-QUESTIONS (F.A.Q)

L'audience d'extradition d'Assange s'est terminée le 1er octobre 2020, et le verdict sera prononcé le 4 janvier 2020.

Voici quelques-unes des questions fréquemment posées sur l'extradition et l'inculpation d'Assange aux États-Unis, son audience d'extradition à Londres, et les conséquences de cette “guerre contre le journalisme” pour tout le monde, partout.

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L'extradition d'Assange vers les États-Unis (où il risque jusqu'à 175 ans dans une prison super-max) créerait un dangereux précédent juridique. Elle validerait l'utilisation de la loi américaine sur l'espionnage (Espionage Act) de 1917 (une loi de temps de guerre destinée à être utilisée pour poursuivre et exécuter les espions) contre tout journaliste ou toute personne recevant ou publiant des informations sur la sécurité nationale, partout dans le monde. Elle reconnaîtrait de facto aux États-Unis une juridiction mondiale : la loi américaine pourrait s'appliquer à n'importe qui, n'importe où sur la planète, tout en niant les protections constitutionnelles, telles que le droit à la liberté d'expression prévu par le premier amendement. Elle encouragerait donc tous les pays du monde à faire de même : la Chine pourrait tenter d'extrader des journalistes canadiens. L'Arabie Saoudite pourrait extrader des journalistes vivant en Argentine, etc.

Le processus d'extradition kafkaïen, cruel et fastidieux d'Assange, orchestré par les États-Unis, est entièrement destiné à dissuader les lanceurs d'alerte et journalistes d'investigation courageux de divulguer des informations confidentielles à l'avenir.

Si l'extradition et les poursuites judiciaires contre Assange aboutissent, le délire paranoïaque présentant WikiLeaks comme “service de renseignement hostile non étatique” pourrait désormais s'appliquer à toute entreprise de médias, tout site web ou tout individu ou collectif enquêtant et rendant compte des agissements des États-Unis et de la conduite de leur guerres.

Assange est formellement accusé de :

  • “conspiration”; pour fraude et détournement informatique. En association avec Cela concerne également Chelsea Manning, et d'autres. En vertu de cette vague législation contre l'intrusion informatique, Assange est accusé d'inciter des sources à obtenir du matériel classifié par le biais d'une prétendue conspiration qui le placerait comme “cerveau”, dirigeant les actions de groupes tels que Anonymous, Lulzsec, Antisec.
  • “espionnage” ; pour *réception et détention* de matériel classifié. Si ce jugement était validé par le tribunal, toute organisation de presse ayant travaillé avec WikiLeaks, toute ONG et tout individu qui aurait *vu* le matériel, peut-être même après sa publication, pourrait potentiellement être poursuivi sous les mêmes chefs d'accusation (alors même que ce matériel, qui révèle des crimes de guerre et une corruption massive, présente clairement un immense intérêt pour le public).

Les accusations portées contre Assange sont le fruit d'une “construction parallèle” (“parallel construction”). Le FBI et le ministère américain de la justice (DoJ), très probablement avec l'aide des services de renseignement, ont rassemblé des faits épars pour étayer une vaste théorie juridique - des déclarations d'informateurs du FBI et de criminels notoires qui ont été reconnus par les tribunaux de se faire passer pour Assange, des discours publics tenus lors de congrès de hackers, des plaisanteries entre participants non identifiés dans les canaux de discussion, etc. Selon l'acte d'accusation, il semble que ,en 2010, tous les Internetz étaient -sous les instructions d'Assange- en train de conspirer contre la sécurité nationale des Etats-Unis…!

Les accusations concernent les années 2010 à 2013 et portent sur la publication par Wikileaks en 2010 d'informations classifiées sur les “guerres contre la terreur” américaines en Irak et en Afghanistan, la publication de câbles diplomatiques, et même des actions (comme d'avoir aidé le lanceur d'alerte Edward Snowden à quitter Hong-Kong et à sauver sa liberté et sa vie !) ).

Les documents mentionnés dans l'acte d'accusation sont :

  • La vidéo "Collateral Murder" décrivant le meurtre brutal, depuis un hélicoptère de combat Apache, de plus d'une douzaine de civils irakiens, dont deux journalistes de Reuters
  • Les 91 000 journaux de guerre (“war logs”) afghans
  • Les 391 832 journaux de guerre (“war logs”) irakiens révèlant plus de 15 000 morts civiles non recensées, des crimes de guerre et une corruption rampante
  • Les évaluations des détenus de Guantanamo Bay révélant l'effroyable illégalité, la détention arbitraire et la torture à “Gitmo”.

* Les 251 287 câbles diplomatiques de Cablegate, exposant un effort international d'intimidation, de mensonge à la face du monde et de dissimulation à profit de la corruption par les États-Unis.

S'il est extradé, Assange risque une peine maximale de 175 ans de prison.

Il a été établi lors de l'audience d'extradition, grâce à des déclarations sous serment du DoJ américain, que même en attendant son procès, Assange sera détenu dans la prison “super-max” (la plus sécurisée des États-Unis) de Florence, Colorado, dans son bloc X (le plus sécurisé d'entre eux), et très probablement en vertu de mesures administratives spéciales (SAMs) qui l'isoleraient davantage. En pratique, il resterait 23h/jour dans sa cellule individuelle, serait empêché de rencontrer d'autres détenus et pourrait (ou non) bénéficier d'un appel téléphonique de 15 minutes par mois.

Dans la pratique, ces mesures équivalent à un isolement complet. Enduré pendant plus de deux semaines et plus de 22h/jour, l'isolement devient torture, selon l'ONU. Le rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, Nils Melzer, a déjà confirmé que les années de détention arbitraire endurées par Assange (d'abord à l'ambassade équatorienne, où il était évident qu'il ne pouvait pas partir sans être arrêté et déporté aux États-Unis, puis dans la prison de Belmarsh où il se trouve actuellement), ainsi que la surveillance totale et la brutalité des attaques contre sa personne (“character assassination”), constituent ensemble de la torture psychologique.

Les témoignages des experts lors de l'audience d'extradition ont décrit la santé physique et mentale d'Assange comme très préoccupantes. Ajouté un fait qu'il est diagnostiqué sur le spectre autistique, il a été établi qu'il est très probable qu'il tente de se suicider plutôt que de subir cette persécution. (Une lame de rasoir a été trouvée dans sa cellule à Belmarsh, mais le médecin de la prison n'a pas jugé l'information suffisamment pertinente pour la mentionner dans son dossier médical…)

Grâce au témoignage de deux anciens employés d'UC Global, la société de sécurité espagnole engagée dans un premier temps pour protéger Assange et l'ambassade, qui l'a ensuite espionné pour le compte des États-Unis, la défense a démontré que les conversations les plus privées d'Assange avec ses avocats ont été enregistrées. La confidentialité de la relation client-avocat est une condition préalable pour que tout procès soit considéré comme équitable. Dans le cas d'Assange, il est évident que l'accusation a un avantage disproportionné sur la défense. En outre, tous ses biens se trouvant à l'ambassade équatorienne ont été saisis et envoyés aux États-Unis, y compris le matériau couvert par le privilège client-avocat, ainsi que ses dossiers médicaux privés.

Il est également évident que le contexte politique américain, où des personnalités politiques de premier plan des partis démocrate et républicain ont proféré des menaces de mort à l'encontre d'Assange, le qualifiant de “terroriste de l'information”, de “traître”, etc. jouerait énormément contre l'équité de son procès là-bas.

Après 2016 et que les fuites du DNC (DNC Leaks) ont révélé la corruption et le cynisme rampants au sein du parti démocrate américain, Assange a perdu le soutien d'une grande partie de la “gauche” américaine (centre-droit) qui n'était pas tout à fait prête à reconnaître à quel point Hillary Clinton était corrompue…

En outre, Assange sera jugé devant le tribunal du Eastern District of Virginia. Ce n'est pas anodin car c'est dans ce district que se trouvent les quartiers généraaux de la plupart des agences de renseignement US, ainsi que les sièges de leurs très nombreux contractants privés. En pratique, une estimation de 80% de la population de ce district serait en lien direct avec le milieu du renseignement… Tirer au sort, “au hasard”, des jurés dans ce district revient inévitablement à désigner des individus avec un fort biais pour défendre les intérêts du renseignement US. En outre, ce “tribunal de l'espionnage”, devant lequel aucun défendant n'a jamais été acquitté, peut -pour des raisons de sécurité nationale évidemment- agir à huis-clos et en se basant sur des “preuves secrètes”.

Vous avez dit “équitable”..?

Deux employés anonymes d'UC Global, la société de sécurité espagnole d'abord engagée par l'Équateur pour protéger Assange et l'ambassade, qui l'a ensuite espionné pour les États-Unis, ont confirmé lors de l'audition que leurs “amis américains” ont discuté de plans pour faire enlever ou empoisonner Assange.

Ils ont admis avoir reçu des ordres et transmis du matérau de surveillance par l'intermédiaire d'un cadre supérieur de Sheldon Adelson (le principal bailleur de fonds de la campagne de Trump, et son ami personnel), un “ancien” membre des services de renseignement américains ayant des liens probables avec la CIA.

Le contenu de la surveillance ainsi illégalement partagé avec les États-Unis comprend des preuves audio, vidéo et photographiques de l'espionnage des collègues, amis et avocats d'Assange, y compris par des filature dans la rue et, dans un cas l'effraction de leur domicile.

Le gouvernement américain prétend qu'Assange n'est pas un journaliste et que la réception, l'analyse et l'authentification des documents de WikiLeaks ne relèvent pas du journalisme. Cela afin de briser la solidartié des journalistes et des médias de masse. S'ils ne le soutiennent pas et le laissent partir aux États-Unis, ils seraient complices de cette stratégie, qui vise précisément à créer un précédent où chacun d'entre eux pourrait être le suivant.

Lors de l'audience d'extradition, le procureur représentant les États-Unis a clairement déclaré que la loi américaine sur l'espionnage (“espionage act” de 1917) *pourrait* être utilisée contre tout journaliste dans le monde révélant des informations relatives à la sécurité nationale. Elle n'avait tout simplement pas été utilisée à cette fin… jusqu'à présent.

Il convient également de noter que le DoJ américain a déjà exprimé cette position : comme Assange n'est pas un citoyen américain (alors pourquoi devrait-il être jugé selon la loi américaine ?), il ne bénéficierait pas de la protection du “premier amendement”. Tout journaliste non américain dans le monde pourrait donc être menacé par la même construction juridique : accusé en vertu de la loi américaine sur l'espionnage, mais non protégé par le premier amendement de sa constitution…

Si l'accusation a affirmé qu'elle ne s'en prendrait pas aux plus grands organes de presse (New York Times, Guardian, etc.) qui se sont associés à WikiLeaks pour publier les “war logs”, la vidéo et les câbles de 2010, rien dans leur argumentation ne semble le garantir. Rien n'a été dit sur le fait de ne pas utiliser la même persécution judiciaire contre les petits organes de presse.

L'audience d'extradition d'Assange (qui n'est PAS un *procès* mais une procédure administrative, avec des conditions telles que l'impossibilité pour le défendeur -Assange- de parler pour se défendre) s'est étendue sur 5 semaines :

Le verdict devrait être prononcé le 4 janvier 2021.

Après le 1er octobre, l'équipe de la défense a un mois pour rédiger sa déclaration finale, après quoi l'accusation a deux semaines pour envoyer ses commentaires (la défense aura alors une semaine supplémentaire pour commenter les points juridiques soulevés par l'accusation).

Quelle que soit la décision, il est probable que la partie perdante fera appel devant la Haute Cour. Elle pourrait alors s'adresser à la Cour suprême britannique, voire à la Cour européenne des droits de l'homme.

Probablement pour l'opprimer davantage et rendre sa situation plus difficile pour se défendre. Après n'avoir pas eu accès à ses avocats pendant 6 mois durant la pandémie de Covid, ne pouvant pas consulter ses documents juridiques, puis ne pouvant le faire que sur un ordinateur portable muni d'un clavier non fonctionnel (il ne peut donc même pas prendre de notes !), il a été confronté à une audience d'extradition où il n'a même pas été autorisé à parler.

Ainsi, il pouvait seulement communiquer par l'intermédiaire de ses avocats. Mais comme il était assis derrière une vitre pare-balles - comme un criminel violent ou un terroriste - il lui fallait d'abord réussir à attirer l'attention de ses avocats assis à l'avant du tribunal, puis leur parler à travers la vitre, assez fort pour qu'ils puissent entendre - rendant ainsi l'échange audible pour toute l'équipe du procureur.

Rien ne justifie un tel traitement pour une personne pacifique et non violente accusée… d'avoir publié.

Bonne question ! Un éditeur plusieurs fois récompensé, nominé pour le prix Nobel de la paix, est enfermé dans une prison “super-max” surnommée “le Guantanamo britannique” avec des tueurs en série, des terroristes présumés et d'autres criminels violents, alors que les auteurs des crimes de guerre qu'il a dénoncé continuent de jouir de leur liberté et de leur impunité…

Lorsque Assange a été détenu dans l'aile “médicale” de la prison - que de nombreux témoins décrivent comme ayant des conditions d'isolement pires que le reste de la prison - les prisonniers de Belmarsh eux-mêmes ont adressé - à trois reprises - une pétition à la direction de la prison pour mettre fin à ce traitement injuste.

Un des principaux points de l'accusation est que WikiLeaks aurait “causé du dommage” à certaines sources présumées des services de renseignement américains. C'est une affirmation ridicule car il a déjà été démontré dans le passé - y compris par des sources du Pentagone lors du procès de Chelsea Manning en cour martiale - qu'il n'y a jamais eu de preuve matérielle qu'un tel dommage ait été causé, ou que quelconque source ait été blessée ou tuée directement en raison d'une publication de WikiLeaks.

Ce récit d'un Assange qui “ne se serait pas soucié de protéger les sources” a été démenti par de nombreux témoins décrivant comment les documents concernés (“war logs” irakiens et afghans, câbles diplomatiques) ont en réalité été longuement et minutieusement édités afin d'en expurger les informations sensibles et les noms, avant leur publication.

Malgré des mois de soins et d'efforts de la part de Wikileaks, en partenariat avec des centaines d'organisations de presse du monde entier, pour éviter tout dommage en supprimant les noms des sources potentielles contenues dans les documents lors de leur publication, les 251 287 câbles diplomatiques ont fini par être publiés dans leur intégralité, en version non expurgée.

Certes, la base de données complète a fini par être publiée par WikiLeaks eux-même le 31 août 2011, mais il a été prouvé devant les tribunaux que cela ne s'est produit qu'APRÈS :

  • que deux journalistes du Guardian, Luke Harding et David Leigh, ont révélé le véritable mot de passe des câbles complets non expurgés dans leur livre calomnieux sur WikiLeaks publié en février 2011, permettant à quiconque d'obtenir une archive cryptée en ligne et d'accéder aux documents;
  • que Cryptome.org avait publié cette information, quelques jours avant WikiLeaks.

Curieusement, ni les deux journalistes du Guardian - qui ont encore menti sur leur rôle dans cette débâcle et sur Assange, en rapportant des histoires calomnieuses à son sujet qui ont été ensuite réfutées -, ni les personnes américaines qui gèrent Cryptome.org n'ont jamais été accusés d'espionnage. Cela tend à confirmer que les poursuites contre Assange et WikiLeaks sont purement politiques.

"Assange est-il journaliste ?" ne devrait même pas être la question. Personne ne mérite une persécution aussi brutale de la part des États-Unis, du Royaume-Uni, de l'Équateur et de la Suède (tandis que les autres pays regardent ailleurs), qu'elle soit journaliste ou non.

Assange a été le titulaire de plusieurs cartes de presse australiennes et internationales, et a reçu des dizaines de prix et de récompenses pour journalisme. Il a également été largement démontré au cours de l'audition que tout ce que WikiLeaks a fait - de l'accès aux sources, à leur protection (y compris par des contre-mesures fortes et sophistiquées contre la surveillance de l'État), à l'obtention et l'analyse de documents, à leur authentification et à leur publication mise en contexte - est “le B.A. BA” du journalisme. Les pratiques de WikiLeaks sont ce que tout bon journaliste d'investigation, intègre et courageux, qui publie sur les guerres, les crimes, la corruption et les questions de sécurité nationale, est censé faire quotidiennement.

Comme l'a dit Edward Snowden :

“Donc, si vous dites : 'Assange n'est pas un journaliste, Assange n'est pas un éditeur, WikiLeaks n'est pas du journalisme…', vous devez vraiment vous demander qui en est. Peu importe ce que vous pensez de Julian Assange, les méthodes que WikiLeaks et tous ceux qui y sont associés ont changé la façon de faire du journalisme. Et si nous ne pouvons pas le reconnaître et que nous ne sommes pas prêts à le protéger, je pense que le plus triste dans toute cette histoire est que nous ne le mériterons probablement pas, et qu'en conséquence nous ne l'aurons plus au moment où nous en aurons le plus besoin.”

Pour une analyse détaillée du travail d'Assange à la lumière de l'histoire du journalisme, vous pouvez lire la déclaration du témoin expert, le professeur Mark FeldsteinMark Feldstein.

Pour plus d'informations sur la manière dont les poursuites engagées contre Assange pourraient affecter le journalisme et le droit du public à l'information, vous pouvez lire le document “The Assange Precedent” de la Fondation du Courage.


La question de savoir si les actions d'Assange sont politiquement motivées et, à l'inverse, si les accusations des États-Unis contre lui sont politiquement motivées, est cruciale. Il existe en effet une exception politique au traité américano-britannique d'extradition, qui interdit l'extradition d'un prisonnier recherché pour des motifs politiques.

Pour analyser comment Assange est en fait considéré par le gouvernement américain comme un opposant politique qui doit être réduit au silence en raison de ses opinions et de son travail, vous pouvez lire les déclarations des témoins experts, le professeur Paul Rogers et le professeur Noam Chomsky.

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  • Dernière modification: 2020/10/06 18:52