L'acte d'inculpation des États-Unis contre Julian Assange

Le fondateur de Wikileaks et journaliste Julian Assange est détenu à Belmarsh high-security prison à Londres, depuis avril 2019, date à laquelle l'Équateur a mis fin à l'asile politique accordée en 2012 sous la présidence de Correa, l'a remis aux autorités britanniques, et les États-Unis ont officiellement demandé au Royaume-Uni son extradition pour le juger. En effet, après des années d'enquête menée par un grand jury secret aux États-Unis, parallèlement à la des années de persécution politique coordonnée ayant pour conséquences de sévères atteintes physiques et psychologiques, Julian Assange est maintenant accusé aux États-Unis de 17 infractions à la loi sur l'espionnage et d'un chef d'accusation de conspiration en vue de commettre un délit informatique (pour avoir tenté de protéger l'anonymat d'une source journalistique) - ce qui représente une peine totale possible de 175 ans de prison.

Les accusations portent toutes sur les activités journalistiques de Wikileaks consistant à recevoir des documents transmis de manière sécurisée par des lanceur·ses d'alerte, publier, analyser et archiver les informations authentifiées et identifiées comme étant dans l'intérêt du public, souvent en collaboration avec d'autres organes de presse à l'international. Les accusations portent notamment sur la publication par Wikileaks de documents transmis par la lanceuse d'alerte de l'armée Chelsea Manning, révélant les crimes de guerre américains en Irak et en Afghanistan. Une nouvelle version de l'acte d'inculpation a été produite en juin 2020 (voir ci après): Les chefs d'accusation sont les même mais les accusations à l'intérieur ont été étendues, pour inclure à la prétendue conspiration dont est accusée Assange des “Anonymous” et hacktivistes prétendument “recrutés” par Assange, avec WikiLeaks décrit comme une “agence de renseignement hostile”. Ces modifications de l'acte d'inculpation alors même que l'audience d'extradition (le procès) est déjà en cours, sont tout à fait inhabituelles, et un signal de plus que tout est dangereusement exceptionnel dans cette affaire.

Les accusations assimilent fondamentalement le journalisme et la vérité à une trahison, alors qu'en fait le devoir des journalistes, des lanceuses lanceurs d'alerte, est envers le peuple et non envers le pouvoir.

Cette toute première utilisation de la loi américaine de 1917 sur l'espionnage contre un éditeur, à l'étranger, hors territoire étasunien, fait de Julian Assange la cible et l'exemple (la “tête sur une pique”) dans une attaque sans précédent contre la liberté d'informer dans les démocraties occidentales, très silencieuses à son sujet, et qu'on hésitera plus à qualifier d'autoritaires. À noter, la loi américaine contre l'espionnage ne permet pas d'invoquer l'intérêt du public comme motivation de ses actes… Si Assange est extradé et condamné aux États-Unis, le précédent juridique qui s'établira aura des conséquences dramatiques bien au delà de sa vie. Cette attaque contre Assange et WikiLeaks s'inscrit dans le contexte d'une répression plus large, violente, de la liberté d'informer, des droits humains, et des abus mondialisés commis pour/par le profit et le pouvoir contre la planète vivante.

Le 24 juin 2020, les États-Unis ont publié une nouvelle version de l'acte d'accusation d'Assange, comme base pour demander son extradition aux États-Unis. De manière assez inhabituelle, les États-Unis modifient la nature des accusations, alors que l'audience d'extradition (le procès) est déjà en cours.

Source Original PDF version et full-text (OCR) version of the superseding indictment, Copier-coller avec la table des matières et les liens vers les sections, sous-sections, etc.

  • Accusant Assange d'une prétendue “conspiration de piratage” élargie impliquant “Anonymous”, lulzsec, antisec, CCC, Snowden, etc…
  • Tentative de qualification de WikiLeaks comme agence de renseignement “recrutant” des sources
  • n'ajoute pas officiellement de charges (car cela serait illégal selon les traités d'extradition), mais modifie et élargit considérablement les charges existantes
  • Criminalisation de l'aide apportée à Edward Snowden hors de Hong-Kong
  • Une grande partie de la prétendue conspiration repose sur le témoignage de Sigurdur Thordarson comme “Adolescent”.
  • Thordarson avait purgé une peine de trois ans pour de multiples chefs d'accusation de détournement de fonds et de fraude, notamment contre WikiLeaks et pour des crimes sexuels contre neuf mineurs. Thordarsson a volé des dizaines de milliers de dollars à WikiLeaks, et s'est fait passer pour Julian Assange afin de réaliser ce détournement. Dans le cadre des poursuites pénales engagées contre Thordarson en Islande, il a été examiné par un psychiatre légiste qui l'a diagnostiqué comme un sociopathe souffrant d'un “grave trouble de la personnalité antisociale”.

(source)

Noms expurgés dans l'acte d'accusation :

  • WLA-2 = Daniel Domscheit-Berg
  • WLA-3 = Jacob Appelbaum
  • WLA-4 = Sarah Harrison
  • “Teenager” = Sigurdur Thordarson
  • “NATO Country-1” = Iceland

Communiqué de presse du DoJ américain (département de la justice des Etats-Unis) https://www.justice.gov/opa/pr/wikileaks-founder-charged-superseding-indictment

US Government Expands Assange Indictment To Criminalize Assistance Provided To Edward Snowden - ShadowProof 25/06/2020

Le lanceur d'alerte Daniel Ellsberg réagit à l'acte d'accusation en disant que les accusations d'espionnage contre Assange sont la plus importante attaque contre la presse depuis les documents du Pentagone (Pentagon Papers).

https://www.youtube.com/watch?v=SJuCNrRXxC4&feature=youtu.be

Voir aussi In Defense of Julian Assange

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  • Dernière modification: 2020/09/11 00:32